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DE L’AIR FRAIS POUR LE MUSÉE BASQUE

On ne présente plus le Musée Basque et de l’Histoire de Bayonne… Et pourtant le connaît-on vraiment ?
Il fait partie du paysage de Bayonne, mais fait-il pour autant partie de la vie des habitants, des habitants de tout Bayonne ? Rien n’est moins sûr. Il est destiné à présenter un territoire, mais ceux et celles qui vivent dans ce pays s’y reconnaissent-ils ?

Alors que le Musée Bonnat est fermé pour une (très longue) restauration, il ne reste à Bayonne que le Musée Basque et le Muséum d’Histoire Naturelle à la plaine d’Ansot. L’un et l’autre s’ignorent bien qu’ils offrent des clés d’interprétation complémentaires pour comprendre le territoire dont Bayonne se dit la capitale. Mais cela n’est qu’une des ambiguïtés qu’il faudra soulever dans les années à venir si on veut apporter un peu d’air frais au Musée Basque. Car, puisqu’ici nous parlerons surtout de ce dernier, c’est bien de réanimation qu’il s’agit, au sens de « redonner une âme ».

Qui peut se satisfaire aujourd’hui de la façon avec laquelle cette institution fonctionne ? Le Musée Basque est chargé de permettre à un territoire de mieux connaître ses fondements et aussi d’accueillir des visiteurs étrangers qui désirent un minimum d’information sur Bayonne et sa région. Cette institution est un musée de société qui n’est pas destiné seulement à des touristes. Un tel musée est un outil à la fois scientifique et culturel qui articule recherche, étude, conservation et diffusion selon un projet clairement défini, mais qui n’existe à ce jour qu’au stade d’esquisse. Ce musée s’appuie sur une remarquable collection d’objets et de documents mais il ne peut exposer qu’une faible partie de ses richesses car il est confronté à des problèmes techniques (réserves insuffisantes) qui l’obligent à ralentir fortement l’entrée de nouveaux objets. Quant à l’importante bibliothèque constituée par les conservateurs successifs, elle est déposée à la Médiathèque de Bayonne ! Triste situation d’un musée porté par une « ville d’art et d’histoire » !

Créé en 1924, le Musée Basque fonctionnait selon une conception de la culture qui se résume à « arts et traditions populaires » ; dans les années 1960 il était considéré comme l’un des plus riches musée ethnographique de France et son fonctionnement reposait sur le travail de passionnés qui connaissaient bien l’arrière pays. En ces temps là on ne parlait pas de culture basque ni même de patrimoine. Mais avec l’affirmation de l’identité culturelle basque dans les années 1970-1980, le besoin s’est fait sentir de disposer d’un musée pouvant alimenter cette culture vivante. Le musée n’avait pas changé depuis sa création, et s’il accueillait un bon nombre de visiteurs chaque année, il fallait songer à le moderniser. Les travaux de restauration des bâtiments et la mise en place d’une nouvelle muséographie ont demandé 12 ans durant lesquels on pensait que le musée déploierait un nouveau dynamisme au service de la culture basque certes, mais aussi de la culture en général. Malgré quelques frémissements, il fut vite évident que l’animation du lieu n’était pas le soucis des pouvoir publics. Aujourd’hui, le Musée basque peine toujours à trouver sa place dans le paysage culturel : les responsables politiques ne s’intéressent qu’à sa rentabilité financière ; ils ne parlent pas de politique culturelle mais de rentabilité et de « nombre d’entrées ». Or, existe-t-il un musée rentable en France ? Et pourquoi ne se pose-t-on jamais la question des retombées humaines et sociales d’un Musée ?

La Ville de Bayonne a réalisé « état des lieux » qui a débouché non sur un projet culturel fort mais sur une réorganisation de la gouvernance de l’Institution. Un Syndicat Mixte a été mis en place : il est composé de représentants du Département, de la Communauté d’agglomération et de la Ville de Bayonne. Par ailleurs un directeur a été nommé pour assurer le management de l’équipe. Tout cela n’a pas suffit pas à impulser le dynamisme espéré, car l’argent n’est pas le seul moteur quand il s’agit de culture ; il faut aussi qu’il serve un projet et, pour tout dire, une société. Or, de toute évidence le Musée Basque, dument labellisé Musée de France, fonctionne en donnant trop souvent l’impression d’être coupé et la Ville et de sa région. La preuve en est que le Musée Basque n’a pas retrouvé le taux de fréquentation d’avant la restauration, mais surtout il peine à identifier les publics qu’il pourrait accueillir. Ainsi, ce Musée qui est aussi celui de l’histoire de Bayonne, parle des Basques, des Gascons, des Juifs mais pas des multiples cultures qui, depuis 30 ans, ont enrichi la société humaine sur les deux rives de l’Adour. C’est dire à quel point la vitrine est belle mais étanche à l’air ambiant. À une époque où la question des identités est souvent mal posée, n’y a-t-il pas une histoire de Bayonne et de sa région à promouvoir dans un espace réunissant mémoire, savoir, éducation et création ?

Création, ce mot est peut-être la clé du renouveau attendu. Il manque cruellement à ce Musée Basque d’être en phase avec les forces vives de ce pays. Pour des aventures fondées sur l’échange et la rencontre, sur le vécu et l’utopie. Pourtant, des rouages existent que le Musée Basque connaît mais ne sollicite pas assez : l’Institut Culturel Basque qui permettrait de retisser le lien entre le musée et un réseau associatif d’une grande richesse. Les Écoles de Musique et d’Arts qui pourraient irriguer des pratiques nouvelles assurant un pont entre patrimoine et création. Les artisans et les entreprises qui pourraient aider le musée à travailler avec le pays tel qu’il est et non tel que rêvent les cabinets d’étude. Les organismes de formation (et pas seulement les établissements scolaires) qui pourraient trouver dans le Musée de quoi nourrir l’équilibre entre le  » local  » et  » l’universel « …

Ceux et celles qui seront chargés de guider la Ville de Bayonne dans les prochaines années savent bien que la culture n’est qu’une pièce sur l’échiquier de la politique municipale. Cette pièce n’est pas plus importante que les autres, mais elle a la capacité d’apporter de la cohérence dans le jeu. Un musée, un atelier d’artiste, un orchestre, un théâtre ne sont une respiration indispensable à une société vivante. Le patrimoine et la création, le savoir scientifique et l’émotion, la vie quotidienne et l’Histoire, l’ici et l’ailleurs… Il faut des lieux pour que le mot « société » trouve un sens et participe au bonheur de tous : les musées sont un de ces lieux. Surtout, évidemment, les musées de société.

C.L.